Kornati 2004
Livre de bord



Déjà 3 apéros qu’on a quitté la lointaine Lorraine prête à s’endormir. Le bateau gîte gentiment, juste assez pour bercer les siesteurs en pleins efforts. Les « breeze booster » sont gonflés à bloc, le frigo aussi : c’est les VACANCES !


Samedi 31 juillet

Passons rapidement sur un voyage aller qui pourtant fut bien long, pas tant la traversée nocturne de l’Allemagne et de l’Autriche avec un « frühstück » matinal tout près de la frontière italienne.
Le tronçon Trieste-Rijeka en revanche se révéla particulièrement laborieux ; on retiendra la translovénienne, un long bouchon bordé de petits estaminets où le plat unique affiché était le cochon de lait rôti en plein air au bord de la route. Et dire qu’on n’a même pas eu la présence d’esprit de s’y arrêter !

Repos bien mérité à Rijeka, grosse ville industrielle cernée de raffineries. Retrouvailles avec les Bens à l’Hotel Rajan, ex-splendeur de la période titiste qui s’efforce de mettre en avant quelques beaux restes (ah la terrasse sur la mer !) pour masquer une décrépitude galopante (jeter un coup d’œil en arrière sur la façade quand on se baigne après la sieste : on hésite presque à remonter dans sa chambre !). On passe néanmoins une très bonne nuit. Pas de fantôme de commissaire politique dans les placards …



Dimanche 1er août

On arrive à midi à Biograd na moru (l’appendice « na moru » signifie parait-il « sur mer » !) ; petite marina colonisée par les touristes de tout poil. Gros arrivage de français semble-t-il.


L’avitaillement nous semble particulièrement coûteux. Y’aurait-il un rapport avec la phrase précédente ?
Une exception cependant pour les fruits et légumes du petit marché ; on est presque les seuls à venir s’approvisionner dimanche après-midi : les marchandes sont ravies. Le lendemain en revanche, tout Biograd s’y retrouvera et l’on pourra compléter le ravitaillement

Lundi 2 août
Les aventures de Muriel et Nono à la boucherie croate : « Ne doutant de rien, on était persuadées de ramener de l’agneau pour le tajine du soir. Mais c’est qu’il faudra expliquer à ces messieurs qu’il faut décrocher le demi bestiau pendu derrière eux, y prélever une épaule et surtout la désosser entièrement … euh on ne se sent soudain plus très sûres de notre accent croate et on se contente sobrement de quelques gestes éloquents qui nous procurent 2 kg de veau et 2 poulets, entièrement découpés s’il vous plait. »

Recette du Tajine aux abricots

Attention : La lecture des lignes qui suivent est formellement déconseillée à Alain qui risque la crise cardiaque rétrospective à la découverte de tout ce qu’on lui aura fait ingurgiter, à la faveur de l’obscurité …

Pour 4 personnes
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800 g d’épaule d’agneau désossée coupée en morceaux
250 g d’abricots sec mais néanmoins moelleux
4 grosses tomates, bien mûres
4 gros oignons
4 gousses d’ail
1 petit morceau de gingembre frais
1 cuillère à soupe de cumin en poudre
1 pincée de cannelle en poudre
1 piment oiseau
2 dosettes de safran
1 cuillère à soupe de graines de coriandre
6 cuillères à soupe d’huile d’olive
2 tablettes de bouillon de volaille
125 g d’amandes ébouillantées et épluchées
1 demi bouquet de coriandre
Sel, poivre

1) Préparer du bouillon en diluant les tablettes dans 40 cl d’eau très chaude. Versez le sur les abricots dans un saladier (variante : préparer bouillon, abricot trempés à part).
Ebouillantez, pelez, épépinez puis coupez les tomates en petits morceaux.
Epluchez et émincer les oignons.
2) Dans une cocotte ou une poêle, faites dorer les morceaux de viande dans l’huile puis égouttez-les.
Dans la même casserole, faire revenir oignons, puis ajouter tomates et ail.
3) Disposez le mélange oignons-tomates avec la viande dans une cocotte (ou plat à tajine -> four). Ajouter le bouillon, abricots, épices et la moitié de la coriandre fraîche. Salez, poivrez.
Faire cuire à feu doux (ou au four Th 5/6) pendant 1h15
4) Faites dorer les amandes à sec dans une poêle. Ajouter 15 minutes avant la fin de la cuisson. Parsemez alors du reste du coriandre.
Servez avec de la semoule à coucous.
Vin conseillé : Vacqueyras ou Cornas rouge

Bravo Nono pour ce plat qui remporte haut la main (et ce, malgrès le veau en guise d'agneau!) le concours gustatif de la semaine.

 


Départ à 10h00 de Biograd, d’abord au moteur, satisfaisant sur le plan frigorifique mais peu agréable pour les oreilles délicates. Heureusement, après la pause déjeuner un petit vent se lève et permet de découvrir en douceur les Kornati : une succession d’îlots pelés que des génération de moutons appliqués ont soigneusement tondus, aidés par leurs maîtres en mal de bois pour allumer le feu.


Il reste quelques arbustes qui font de jolies taches vertes sur les strates de calcaires ; parfois une chapelle ou une maison de berger se confondant avec ce paysage de pierres sèches où d’anciens murs jalonnent les pâturages disparus. Encore un coin peuplé de fantômes….

 

Mardi 3 août
Réveil « à la Ben », c'est-à-dire à 7 heures du mat. Ça peut paraître bien tôt pour une période de vacances, mais c’est le seul moyen de petit-déjeuner au frais et avant que n’apparaisse le soleil frappant de la journée.

De plus la vue des petits îlots qui nous entourent (Gominjak, Lunga, Zakana, …) n’est pas désagréable avec l’éclairage rasant.

Véro : « Néanmoins, le lever « aux aurores » présente un revers de médaille. Certains moussaillons se lèvent … fatigués … et retournent se reposer dès le petit déjeuner terminé. Et non, ce n’est pas de moi qu’il s’agit. Eric est en passe de me détrôner sur le terrain de la sieste. Mon titre « vainqueur 2003 » est remis en jeu et les gagnants potentiels … sont nombreux ! »

11h30 : Alors que l’heure de « l’aperötö » arrive à grand pas, un bip sonore nous annonce une panne de refroidissement moteur. Le filtre à eau est manifestement en dépression. On soupçonne un sac plastique (comme on n’en voit malheureusement trop sur les eaux de notre planète …) qui aurait bouché l’arrivée d’eau de mer sous la coque. Démontage, nettoyage et remontage du filtre, et c’est reparti : plus de peur que de mal. Mais du coup, Papy, Ben et Eric, le nez dans le moteur n’ont même pas vu les très jolies falaises de l’Ile de Mana.

Midi : Stop dans la petite baie de Mana qui se caractérise également par quelques maisons en ruine qui décorent un peu l’aspect aride de tous ces îlots.

13h45 : Eric marque des points décisifs pour le concours de la « Marm’hot d’Or ». Installé dans une pause angélique (dixit Véro qui se laisse attendrir sans se douter que son titre est en train de lui échapper) sous le « Breeze booster » qui répand une lumière bleutée dans le carré.
Pendant ce temps, Ben dirige efficacement son armée de « Monsieur Propre » sur le pont. Résumé des dialogues :
Ben : « Ben quoi, on n’a plus le droit de laver ?? »
Muriel : « Si seulement on pouvait faire pareil à la maison … »
Il fallait s’y attendre, c’est le genre de manœuvre qui précède immédiatement le vrombissement du moteur fraîchement remis d’aplomb, sans aucune considération pour les siestes pourtant si bien engagées.

Vu qu’on n’arrête pas de bouger, on va donner du fil à retordre aux garde-parcs kornatiens : on n’est pas encore passés à la caisse !

Véro : « Cette après-midi fut mouvementé. J’ai fait un drôle de rêve. Sur le pont, c’était « les jeux du stade ». Le grand Stroumpf lançait des ordres pendant que le reste de la meute faisait le tour du pont en courant. Vu du sous-sol (ma couchette) ça ressemblait à une grande agitation pas très précise … et à l’efficacité, disons … incertaine. Il est maintenant 15h40, je vais monter sur le pont et ils vont me raconter qu’il ont gagné une régate pour avoir déployé leur savoir-faire inégalé en matière de navigation… ils sont mignons. Drôle de rêve ! »

 

Effectivement, pas de croisière digne de ce nom sans panne de moteur et sans hissage de spi… C’est une journée faste ! L’agitation perçue par Véro était due autant aux photographes invités se précipitant d’un bord à l’autre pour obtenir les meilleurs effets possibles des rayures bleues et blanches combinées aux barres de flèches, bras de spis, haubans…, qu’aux manœuvres elles-mêmes. Deux bords plus tard, il faut déjà ranger le jouet… On longe la longue île de Kornat à la recherche du mouillage.

 


Un caillou est annoncé ; justement le voici, fort bien balisé par un autre voilier qui s’est installé dessus …Un tour d’îlot pour s’installer : c’est bien joli de ricaner des bévues des autres, mais mieux vaut essayer de ne pas servir de balise à notre tour!


Le mouillage dans la baie de Sipnate est fort joli et une escapade sur le petit îlot voisin nous permet de beaux clichés.
On escalade ensuite une des collines de l’île de Kornat qui surplombe notre mouillage. On écrase des plants de sauge (ça sent bon) et on rejoint un des nombreux murs qui sillonnent le paysage.


Après cela, un bain s’impose ! Les gardes nous rattrapent à l’heure du pastis mais font preuve d’une grande mansuétude : 9 places pour le prix de 6 (ça fait quand même 50 ku/personne de gagné!). On ne saura jamais pourquoi tant d’égards … à moins que ce soit une tentative d'approche « à la Dalo » !


Mercredi 4 août

Matin gris … En attendant le soleil, on lève l’ancre (8h00 !) et on prend la direction de Dugi Otok, vers le mouillage « carte postale » (aux dires du responsable Sunsail) dont rêve Fabrice …


Après l’austère minéralité de Kornat, l’île suivante nous parait presque verdoyante, du moins la baie de Telascica où on s’arrête pour la matinée : des pentes couvertes de pins maritimes, genévriers, lentisques entre lesquels s’enlacent les lianes de salsepareille. Le tout cependant est gâché par de disgracieuses tranchées et par des indices trop voyants de passages touristiques en migration vers le lac tout proche. On s’accorde quelques minutes de vertiges sur le sentier qui parcourt la falaise puis on félicite Ben de la parfaite organisation de la journée : les premières gouttes de pluie nous cueillent sur le pont et nous obligent à déjeuner dans le carré.

14h00 : Départ en petit comité. Au départ, il n’y avait que Ben et Florence. Puis Muriel est arrivée, suivi un peu plus tard de Noëlle. Personne ne veut céder le moindre point dans la course à la marmotte, à moins que ce soit le temps maussade. En fait, la pluie s’arrête dès que l’ancre est sur le bateau (… et donc le niveau de la mer a monté !?….).
Nous sortons de la baie de Telascica pour passer dans le chenal entre Katina et Dugi Otok ; passage étroit, mais bien balisé. Dire que celui entre Katina et Kornat est encore plus étroit !
Nous faisons un "stop and go” à Sali pour faire des courses et le plein d’eau. L’arrêt de moins d’une heure est gratuit, au-delà c’est 40 kunas.

Ne pas se moquer ...

Il nous faudra sortir les cirés pour rejoindre la baie de Luka. Véro inaugure en grandes pompes son tout nouveau modèle orange fluo, dans l’hilarité générale. Plus jamais elle ne délèguera ses achats vestimentaires à Alain…


Véro : "Je tenais à ajouter que je ne pouvais abandonner mon poste à la barre pour aller chercher une tenue de pluie plus élégante. J’ai donc pris ce qu’on me donnait. Nombre de colocataires du bateau étant peu scrupuleux, ils en ont honteusement profité pour mettre dans la boite un déguisement que je n’ai pas choisi… Aussi est-il nécessaire de considérer que tout cliché me montrant dans un K-Way façon DDE (voir avec une bouée jaune citron autour du cou) est une photo montage destinée à me calomnier et me déscréditer ! Honte aux esprits malfaisants qui profitent des situations délicates dans lesquelles se trouvent leurs contemporains…"

 

Jeudi 5 août
Réveil en douceur sur un plan d’eau d’huile qu’un soleil rasant vient effleurer et en profite pour donner de jolies couleurs aux petites maisons du port de Luka.
Eric : « Qu’il est agréable de petit-déjeuner dans un calme absolu, alors que tout l’équipage dort encore et où seul Ben s’affaire à la préparation du café noir ».


La forte à propos musique de Massive Attack va sonner le glas des dormeurs. Il faut se réveiller car plusieurs heures de navigation nous attendent pour atteindre le Nord de Dugi Otok.

13H00 : L’étape du jour du trophée de la marmotte d’Or vient d’être lancée. Trois candidats se sont lancés avec ardeur dans la compétition qui prend un tournant décisif en ce cinquième jour de compétition. Trois profils, trois tactiques d’entraînement très personnelles. Notons aujourd’hui la participation d’une nouvelle candidate : Nono. Bien que ses chances d’atteindre le podium soient encore limitées, c’est avec rage qu’elle s’est lancée dans la bataille. Armée d’une serviette de bain en guise d’oreiller, elle affiche une énergie sans faille pour rattraper son retard. Alain à également rejoint les candidats. Que dire de ce compétiteur assidu qui pour la deuxième fois tente sa chance, dans ce qui reste à ce jour, l’activité difficile du circuit. Enfin, maillot jaune de l’étape : Eric. Ce fin stratège, surentraîné, nous semble être un gagnant potentiel. Ce matin encore, deux heures durant, il a peaufiné sa technique pour assurer sa victoire. Gagnera-t-il le trophée 2004 ? Le ronflement régulier, tel celui du moteur nous amenant au mouillage, fait-il partie des atouts qui le mèneront à la victoire. Nous le saurons dans quelques jours.
Eric : « Il est injuste de comptabiliser les temps de bronzage comme des temps de sieste…. La nuance est de taille, et puis moi je ne quitte pas encore la table au milieu du repas pour aller me coucher à la manière de l'italienne dans les bronzés font du ski ! »
Nono : « C’est vrai, je confirme, Eric ne quitte pas la table pour dormir, il pique une petite ronflette au nez et à la barbe de tous les convives, bien calé entre ses deux voisins et l’air de méditer à de nouvelles aventures… un redoutable compétiteur, vraiment ! »

Le mouillage dans la baie de Soline nous permet d’aller à pied jusqu’à la plage de Sakarum. L’endroit semble de loin très joli avec un magnifique lagon au sable blanc.

Le problème, c’est qu’en plein mois d’août les touristes et les yachts y sont très nombreux et malheureusement les abords se sont transformés en poubelle....

 

Quelques bords de près nous permettent de rejoindre Veli Rat où une terrasse à « Pivo » nous y attend. Les calamars méritent une mention particulière : deux assiettes disparaissent en un clin d’œil dans le gosier des testeurs.

Veli Rat restera très bien placé dans le tour méditerranéen des calamars frits…

 

 

 

Vendredi 6 août
8h00 : Nous quittons Veli Rat en empruntant le chenal le plus étroit que je connaisse. Deux largeur de coques à tout casser matérialisées par quatre petites bouées « TriCoVert et BasSiRouge ». 0,5 mètres de fond au sondeur.


Un détour pour admirer le fond de la baie Nord-Ouest, puis nous mettons cap sur Brbinj après avoir laissé à bâbord la bouée verte nous protégeant des hauts fonds du site.
11h00 : Mouillage dans la baie Sud de Brbinj. L’eau y est très claire et les très nombreux poissons « gloutons » apprécient le reste de salade de pâtes en se disant que finalement les modifications touristiques de l’écosystème ça a du bon ! L’un d’entre eux a cependant moins fait le malin en gobant tout net une pâte spéciale enrobée de sauce piment … si l'on ne peut plus rigoler un peu…


14h00 : Cap Est-Nord-Est pour contourner l’Ile de Iz par le nord.
16h00 : Accostage au ponton d’Iz Mali. Ensuite c’est un rituel qui devient immuable : un tour dans l’île, une tournée de « Pivo », et une tournée de calamars. Les calamars de Veli Rat remportent la palme pour cette semaine.


Iz serait une île tout à fait paisible et verdoyante, si elle n’abritait pas au moins UN habitant irascible. Qu’on imagine deux croates lancés dans une course de côte, l’un à bord d’une 4L pétaradante et l’autre distancé car il n’a qu’une Fiat Panda poussive. Je déconseille à quiconque assistant à ce genre de compétition de faire le moindre signe pouvant prêter à confusion. Le croate qui perd à la course est fort susceptible et risque de déverser sur votre tête une bonne quantité de consonnes dont vous n’aurez aucun mal à comprendre qu’elles ne vous souhaitent pas la bienvenue.


 


Samedi 7 août

7h00 : Le premier pot de miel ouvert et mes amies les guêpes viennent petit-déjeuner avec nous. Il semble qu’Eric soit le seul à aimer les voir se régaler en gloutonnant le mélange miel-lait qu’il leur a préparé. Ben quant à lui préfère les emprisonner entre deux couvercles de confiture avant de réfléchir à un piège à guêpe efficace. Fabrice gesticule dans tous les sens quitte à donner des coups de fourchettes à ses voisins. Quant à Papy, il tente désespérément de leur faire vivre leur dernier repas en les écrasant brutalement …. Assassin !

 

 

8h00 : Cap Sud-Est en direction de l’Ile de Zut (toi-même !).
11h30 : Mouillage à l’ancre dans la baie d’Hiljaca après trois tentatives sur des bouées toutes estampillées « Restorant only ».
17h45 : Après un dernier bord magistral où Fabrice s’est emparé du record de vitesse (8,56 nœuds), Oceanix nous a ramenés à bon port sous un soleil qui ne peut que laisser des regrets.

Merci aux différents écrivains qui ont contribué à ce livre de bord et aux quelques photographes à qui j’ai emprunté certains clichés.



Alors Ben, à quand la prochaine ?